Trois petits zèbres. Pas en capuchons noirs et pointus. Mais qui vont à l'école quand même.
Je reporte ce billet depuis que la décision a été prise. D'abord parce que l'an dernier à la même époque, j'espérais encore que ça pourrait changer en juin. Et depuis septembre parce que je n'avais pas forcément l'envie de me poser et de ressasser encore ce sujet sensible pour moi.
Je n'ai pas subitement changé de convictions concernant l'école, non (et franchement, je suis suis pas prête de le faire....). Simplement, il a fallu faire face au mieux ou au moins mal avec un certain nombre de réalités.
Je trouve assez douloureux ces compromis à faire entre ce en quoi on croit, ce qu'on est capable de faire, ce qu'on a les moyens de faire... sûrement parce que je n'ai plus le sentiment de pouvoir faire au mieux pour mes enfants, mais juste "au moins pire". Et ça, franchement, c'est une sacrée claque.
- L'école à la maison, pour être honnête, ça n'a jamais vraiment été ça pour Papa Zèbre (alors ne parlons même pas du unschooling...). Ceci étant, il avait malgré tout accepté relativement facilement que nous nous passions d'école quand nous habitions en centre ville, avec effectifs chargés, des enseignants croisés au jardin de ville qui ne nous inspiraient pas plus confiance que cela.
Il était "convaincu", non pas dans l'absolu, mais uniquement en lien avec les circonstances.
Par contre, la perspective de continuer en milieu rural n'a jamais été quelque chose qu'il envisageait (sérieusement). Donc dès que nous avons emménagé sur le plateau, en juin 2008, il pensait "école". Pas question pour moi de faire les démarches d'inscription et de prendre "son projet" en charge : flûte alors, la logistique découlant de "mon" choix, c'est moi qui l'ai toujours assumée pas de raison qu'il ne fasse pas pareil ! Du coup nous nous sommes retrouvés en septembre avec un Papa Zèbre annonçant qu'il pensait qu'il serait bien d'inscrire les zèbres à l'école. Argh. La veille de la rentrée, ça le faisait moyen, à la fois pour les zèbres et pour l'équipe pédagogique.
D'âpres négociations plus loin, il a été entendu que le projet de scolarisation serait mené à bien seulement à la rentrée suivante mais uniquement si nous travaillions à la maison pour préparer la transition.
Tout au long de cette année 2008-2009, ni l'un ni l'autre n'étions à l'aise avec ce qu'il se passait, trop de compromis de part et d'autre : lui en acceptant que ses enfants ne vivent pas ce qui est la norme, et ce désormais dans un milieu où nous ne passions pas inaperçus et moi en tentant de ramer contre mes tripes et l'élan des enfants pour que notre quotidien ressemble suffisamment à de l'instruction / école à la maison pour que Papa Zèbre ne flippe pas trop. Invivable pour moi : si c'est pour que notre quotidien ressemble à de l'école, même une fois de temps en temps, autant être à l'école (bon, maintenant que j'ai goûté au quotidien de mère d'élève, je dirai plus ça).
Pour ma part, je n'ai jamais été à l'aise avec le fait d'être à l'initiative de choix concernant nos enfants qui étaient plus ou moins mal accueillis ou vécus par leur père. Au nom de quoi serais-je la seule à pouvoir décider de ce qui est "bien" pour NOS enfants. Nous en assumons tous deux la responsabilité; si nous sommes d'accord sur certains points tant mieux. Mais en cas de désaccord, que faire ? A qui revient le dernier mot ? Est-ce que ce n'était pas aussi à mon tour d'expérimenter le fait de vivre quelque chose avec lequel je n'étais pas forcément très à l'aise ?
Pour être honnête, Papa Zèbre a proposé de ne scolariser que PZ1; probablement parce que le "niveau sixième" approche et qu'il n'ajamais envisagé que cette vie puisse continuer au-delà du niveau primaire. Très franchement, s'il y a bien un zèbre dont la scolarisation m'inquiétait, c'était précisément PZ1. Pour plein de raisons. Je ne me sentais pas capable de gérer deux rythmes de vie différents : un à l'école, les deux autres à la maison et l'impossibilité de faire des sorties etc. à cause des aller-retours à l'école etc. Donc le package "tout le monde ou personne", c'est moi qui l'ai imposé.
- S'il faut tout un village pour élever un enfant, alors trois, je vous dis pas. L'après-déménagement a été rude, pour tout le monde. Y compris pour moi. J'ai mis du temps à trouver mes marques. A arriver à vivre sereinement le fait d'avoir besoin de la voiture (et d'y installer les zèbres) rien que pour aller chercher un timbre ou du pain. Rude changement par rapport au centre-ville où tout était faisable à pied. Hiver rigoureux, routes pas praticables facilement, distance et temps de trajet, coût du carburant à rajouter à celui des sorties : nous avons peu bougé, moins participé à toutes les sorties non-sco. Et du coup la résignation s'est installée. Les enfants ont beaucoup moins vu de monde, de copains que quand nous étions en centre-ville; je m'y suis sans doute mal prise, mais nous avons beaucoup tourné en circuit fermé, tous les 4 et ça n'était bon pour aucun de nous. Autant en ville, ils leur suffisait d'aller au Jardin de Ville pour retrouver des enfants avec qui jouer après l'école, autant ici, ben une fois l'école terminée : chacun rentre chez soi. Les zèbres ont bien été inscrits à des activités péri-scolaires, mais elles n'ont pas débouché sur des rencontres amicales qui se poursuivraient en dehors. Et puis pas de musée à proximité, une bibliothèque de petite ville et non plus l'accès à tout le réseau grenoblois et à sa richesse... combien de fois sommes-nous rentrés bredouilles parce que ce que PZ1 cherchait ne se trouvait pas à la biblitohèque de La Mûre ?
Je pense que si nous avions été tous les deux à la maison Papa Zèbre et moi, si nous avions vécu en co-habitat ou toute autre solution qui aurait fait que je ne sois pas seule avec les enfants, nous aurions pu passer ce cap avec plus d'harmonie. Si nous avions eu Papa Zèbre et moi les mêmes perceptions quant à l'apprentissage, à ce qui est important ou pas, ça aurait été plus facile aussi :).
J'ai le sentiment également que j'ai vécu une transition tout au long de cette année, que je ne pouvais plus n'être QUE maman comme je l'avais été jusque là d'une certaine façon.Je crois que j'ai en quelque sorte été assez frustrée de ne pas arriver à trouver de moyen d'explorer d'autres facettes de moi tout en continuant à être la mère de mes zèbres. L'impression d'un mouvement de balancier : après avoir donné, besoin de reprendre. Là aussi, ça aurait été plus facile à vivre accompagnée; plus facile pour moi mais surtout pour les zèbres.
Il a résulté de cette année beaucoup de découragement chez moi, le sentiment que je n'y arrivais pas ou plus et finalement la résignation à l'idée qu'entre une vie à la maison plus aussi riche et amusante et légère qu'avant, et l'école eh bien peut-être que le mieux, ou le moins mal ne serait pas là où je le pensais.
Parfois, à ramer seule, on est fatiguée.
- Les enfants n'étaient pas des plus enthousiastes à l'idée d'aller à l'école (à part PZ3), il faut bien le dire. Néanmoins, nous touchions là aussi à un sujet qui m'a toujours questionné : comment peuvent-ils chaque année faire le choix éclairé de continuer à la maison en n'ayant jamais connu l'école ?
Ai-je le droit de les priver de cette expérience au nom de mes convictions personnelles ? Oui, même si elle peut être mauvaise, même si une année dans telle école avec tel enseignant et tels camarades ne permet pas de généraliser ?
Est-ce que nous ne pouvions pas aussi faire le pari de la confiance: confiance en eux pour s'adapter sans pour autant se nier, confiance en nous en tant que parents pour accompagner cette expérience ?
Je vois bien ce que l'école a changé dans notre quotidien, la course le matin, le rythme qui leur pèse. Je vois bien qu'ils ont perdu en liberté et eux aussi le sentent.
Mais je vois aussi qu'ils ont des copains, qu'il apprennent à gérer des interactions dont ils n'avaient pas l'habitude et qu'ils ont acquis certains codes qui pouvaient peut-être leur manquer (mais ne leur auraient pas manqué s'ils n'étaient pas scolarisés). Je vois aussi que les enseignants sont bienveillants. Formattés EN, mais bienveillants et accueillant, avec leurs limites, les différences de mes enfants. Et je vois ce que ce contact avec d'autres adultes qui les accompagnent différemment de moi, leur apporte.
PZ2 qui est entré en CE1 sans savoir écrire en cursive car jusque là il n'en avait pas l'usage à la maison a vu qu'il en avait besoin pour évoluer à l'école : il a en quelques semaines appris à écrire en cursive. Et il en a tiré une confiance certaine en ses capacités à apprendre, à faire ce dont il a besoin, au moment où il en a besoin et dont i lavait bien moins conscience en étant à la maison.
PZ1, après un temps d'adaptation plus long que son frère, a des copains : ils s'envoient des mails, parlent insectes... Il était inquiet d'en savoir moins que les autres. Lesquels autres ont commencé l'année en lui disant que comme il n'avait jamais été à l'école il redoublerait. Ca a nécessité un accompagnement de notre part. Il avait l'impression de ne rien savoir en histoire ou en géographie par exemple parce que nous n'avons jamais fonctionné en nous asseyant et en disant "bon, maintenant, on fait de la géographie". Le concept de matière lui était sinon inconnu, du moins peu familier. Il lui a fallu transposer au "système" ce qu'il savait, avait acquis pour se rendre compte qu'il "savait" au moins autant sinon plus que les autres. Parfois moins aussi. Cette confrontation au "système", au jeu des matière, du résumé à savoir... lui a aussi apporté d'une certaine façon.
La zébrette est comme un poisson dans l'eau. Elle aimerait juste qu'il n'y ait pas de temps de repos (mais pas de "dodo") imposé, mais cette contrainte ne pèse rien pour elle face à tout le reste qu'elle vit très positivement (moi, j'ai plus de mal avec les smileys sur les feuilles, même quand ils sont tous souriants).
Tout n'est pas tout noir d'un côté, tout blanc de l'autre. Dans un cas comme dans l'autre, école ou pas école, il faut composer. Avec ce qui est acceptable, ce qui l'est moins. Avec nos limites, avec celles des autres.
Idéalement, j'aimerais pouvoir permettre à mes enfants de revivre sans école. Mais pas comme nous l'avons fait l'an dernier.
Ou alors pouvoir expérimenter une structure comme Play Moutain (coucou F. !). Ou une école à pédagogie "alternative" (même si là encore, tout dépend beaucoup de l'équipe pédagogique).
En attendant, nous passons cette année avec école. Peut-être trouverons-nous un nouvel équilibre. Peut-être qu'à la fin de cette année, nous en arriverons à la conclusion que c'est mieux, pour nous, là, maintenant, sans école. Peut-être qu'on remisera les cartables. Peut-être pas. Je n'ai pas de réponse définitive.








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