:: Avec Mes Zèbres (Blog de Phoebe) ::
La prochaine farandole paraîtra le 15 mars et je vous propose de vous attaquer cette fois à ce grand classique qui revient souvent : "mais euh, et la socialisation, alors ?"
Si le thème ne vous plait pas, comme d'habitude, pas de souci : toutes les contributions sont les bienvenues, les vôtres, celles de vos enfants, de vos conjoints... du texte, des dessins, des fichiers audio ou vidéo : vive la créativité et l'inventivité :) !
Notre diversité fait notre richesse, sortons du placard.... et montrons-là.
Enfin, si vous avez des idées de thème à proposer pour les prochaines farandoles, surtout n'hésitez pas à les suggérer.
Pour cette second volet, riche de quatorze entrées (treize participants dont, je tiens à le souligner et j'espère que d'autres se lanceront pour la prochaine FSE, un "principal intéressé") et de deux témoignages reçus par mail, le thème proposé était le suivant :
~*~ A quoi ressemble la non sco' chez vous ? ~*~
Guillemette essaie une transition douce d'un apprentisage autonome vers un apprentissage plus scolaire.
Fleuve Tranquille raconte une navigation à plusieurs entre les deux eaux de leurs aspirations profondes enfin rencontrées et des contraintes imposées par le législateur. Ce qui n'est pas très éloigné de mes propres tentatives pour trouver un équilibre qui convienne au plus grand nombre.
Gaëlle détaille leurs journées à la fois paisibles et tumultueuses, un fleuve imprévisible... un peu comme chez Sissi, ou chez Pépite de chocolat, où il n'y a pas de journée typique.
Chez Mémère on brode librement à partir d'une base maths-français(-violon) régulière, tandis que chez la Fée Viviane on compte onze années d'évolution de la pratique, dont Brewenn nous donne un exemple sur son propre blog.
Véronique quant à elle évoque les raisons du recours au cours du CNED pour ceux de ses enfants qui ne fréquentent pas l'école.
Jennifer expliquait en septembre quel emploi du temps "idéal" (mais susceptible d'être modifié si besoin) elle prévoyait pour sa fille. Isabelle a elle fait deux posts, avant "la rentrée" pour détailler ses projets de planification pour l'année 2006-2007.
Edit : Stéphanie (en retard :) !) partage avec nous une tranche de leur vie en famille, tout simplement.
A quoi ressemble la non sco' chez nous ?
Pour le vraiment scolaire, il y a le travail d'une heure à une heure et demi par jour sur les maths et le français des Cours PI, sachant que les maths sont dévorées et réclamées, le français est un peu boudé, les devoirs sont fait et renvoyés, mais les poésies, les pauvres, sont laissées de côté pour un jour ou l'intérêt sera là, et les pages d'éveil, bien moches, sont presque toutes tombées dans les oubliettes.
Et en plus de ça :
Il y a les sorties hebdomadaires à la bibliothèque pour alimenter les soifs de livres...
Il y a le sport quotidien pour ne pas devenir dingues, surtout par ce temps blafard et frisquet : vélo, patin à glace, saut sur trampoline, et plus récemment creuser des trous dans le jardin avec espoir d'y capturer le plus jeune...
Il y a les heures passées à inventer et raconter des histoires, avec ou sans papier ou autre support...
Il y a ma fille qui me réclame d'apprendre à lire l'anglais en plus du français, alors voilà, nous trouvons une méthode dans un livre, et un site web, et d'elle-même, très rapidement, elle sait me déchiffrer les premiers Bob's Books, très fière !
Il y a les deux frangins qui s'occupent pendant notre heure de demie de cours du matin, soit à colorier, soit à "travailler" dans des manuels de maternelle, soit à faire les fous, soit à construire avec les legos, soit à se chamailler...
Il y a les jours où tout le monde est sous la vague, alors on déclare congé, et on passe la journée à lire des histoires et boire du thé (ça, c'est pour moi !).
Ah oui, il y a aussi le cours d'éveil musical à l'école de musique locale, et le cours d'arts plastiques du mercredi, surtout, celui-là, histoire de rencontrer les enfants du quartier et d'avoir un jour un peu différent une fois par semaine.
Et il y a les apprentissages dans les musées locaux de temps en temps, puisque beaucoup organisent de petits stages d'un jour ou deux par ci par là, alors on en profite quand on peut.
Ca fait maintenant trois mois que nous travaillons, ensemble et de nouveau, à une organisation non sco' harmonieuse et où chacun y trouve son compte. Le gros manque ? Un peu plus de copains/copines, surtout pour mon garçon de 4 ans et demi, et un peu plus de temps pour moi, puisque je reprends les études. Tout vient à point à qui sait attendre...
Alexa
Nous vivons en famille sur un voilier de 9 mètres, sur lequel nous sommes partis de Marseille il y a 2 ans ½ alors que Loris avait 1 an et Lena 3 ans. Nous sommes actuellement à Marmaris, en Turquie. Nous naviguons 5 à 6 mois entre avril et octobre, et passons la période d’hiver amarrés à quai dans une marina. Le loyer que nous percevons pour notre appartement en France nous permet de vivre sans travailler (la vie est très bon marché en Turquie).
Chez nous, et jusqu’à présent, c’est clairement « apprentissage autonome ». Il n’y a pas de temps dédié à « l’école », pas de programme, pas d’attentes de notre part par rapport aux apprentissages académiques des enfants. Etant donné l’âge des enfants, nous considérons que cette question n’est pas d’actualité. Nous nous contentons la plupart du temps de les observer apprendre par eux mêmes, et de les accompagner dans leurs apprentissages quand ils en expriment le besoin et que nous nous sentons disponibles pour ça.
J’ai été une mère fusionnelle jusqu’à l’automne dernier, période à laquelle j’ai senti que Loris et moi étions prêts pour arrêter l’allaitement (il avait 3 ans et quelques mois). Depuis ce moment, je ressens de plus en plus fort le besoin d’un espace personnel, de temps sans eux, ou avec eux mais sans m’occuper d’eux. Notre mode de fonctionnement serait donc plutôt « chacun vit sa vie tant qu’il ne dérange pas les autres ». Nous sommes bien ensemble, mais je ne me consacre pas spécialement à eux. Et ça se passe très bien, je trouve que c’est un bon équilibre.
Concrètement, je pourrais raconter à quoi ressemblent nos journées. Nous n’avons pas d’horaires. Le matin, les enfants se réveillent avant nous. Ils mangent des fruits s’ils ont faim, et jouent, ou viennent nous faire un câlin s’ils ont envie et qu’on est d’accord. Quand je me sens prête à me lever, je me lève et prépare le petit déjeuner. Je peux aussi leur lire un livre d’abord s’ils le demandent, en français ou en anglais. Ensuite, si j’ai envie de sortir, ou s’ils en expriment l’envie ou le besoin verbalement ou non (en étant très excités), je leur propose de sortir. On ne les laisse pas encore sortir seuls, Loris est encore tombé à l’eau aujourd’hui ! En ce moment, Lena apprend à faire du vélo sans les roulettes. Je l’aide au lancement, puis elle pédale sur 20 ou 30m, et s’arrête avec les pieds (les freins sont grippés) devant un obstacle. Elle n’arrive pas encore à tourner. Elle adore ça, c’est elle qui a demandé à retirer les roulettes. Mais au bout de 4 ou 5 fois, elle en a marre. J’ai trouvé ça frustrant au début, j’avais envie qu’elle apprenne vite, puis j’ai compris qu’elle avait besoin de temps, et réalisé que c’était à elle de gérer ça, que je n’avais pas de raison d’intervenir là dedans. Donc je l’aide à sa demande, quand elle en a marre elle arrête et joue avec son frère. D’autres fois, mon homme bricole, et les enfants l’aident et demandent beaucoup d’explications. Ils adorent ça, et apprennent très bien. Ensuite de temps en temps ils réclament du papier de verre et jouent à poncer des bouts de bois qu’ils trouvent dans le chantier. Un jour, on est passés devant un américain qui ponçait ses portes, ils ont demandé à l’aider, et ont poncé tous les deux pendant qu’il prenait une pause. Ils m’accompagnent dans la plupart de mes petits déplacements (au bureau, au magasin, téléphoner, à la laverie…), et c’est tout et s’il pleut, (ce qui est assez rare), ou si aucun parent n’est disponible pour sortir avec eux, ils jouent au bateau ou regardent un dvd, en français ou en anglais.
Ils ont ici deux amies de 6 ans ½, une anglaise et l’autre américaine, qui font l’école ensemble tous les matins. Je donne le cours de français le mercredi matin, (on joue ou lis une histoire en français), et mes enfants participent. Lena assiste aussi au cours d’art avec elles, 2 fois par semaine, ce qui lui permet de faire des activités artistiques sans son frère, et qui me permet à moi de ne pas subir le stress que ça provoque en moi de le voir en mettre partout (de la peinture notamment).
L’après midi, 2 fois par semaine, je donne un cours de français à une femme américaine. On fait ça au kid’s club, la salle de jeu. Les enfants viennent avec moi et jouent pendant ce temps, ou nous écoutent, ou participent (la dernière fois elle a appris à lire l’heure, et Lena était intéressée). Ensuite elle me garde les enfants pendant la même durée que le cours (une heure en général), et je vais faire quelque chose pour moi (ni cuisine ni aucun travail). Ensemble, ils jouent, dessinent et lisent, en anglais et en français.
Les autres jours ils jouent souvent avec leurs deux petites amies, ou tous les deux, dehors, au bateau ou au kid’s club.
En fin d’après midi, je prépare le dîner. Ils m’aident s’ils ont envie, ou jouent, dessinent, colorient, écoutent un cd audio, regardent un dvd, etc…
Le soir, si nous n’avons pas d’invités ou si nous ne sommes pas invités, l’ordinateur est toujours allumé. Soit nous regardons un film tous ensemble, soit un des parents surfe sur Internet. Ils peuvent regarder avec le parent si ça les intéresse, (les blogs des amis, certaines émissions de télé, des sites de récits de voyage en bateau…), ou ils jouent, ou font des câlins à l’autre parent, ou on se lit une ou plusieurs histoires, etc… Lena a besoin qu’on lui dise d’aller se coucher, on le lui dit quand on sent que c’est le moment, et elle y va volontiers si on n’attend pas que ce soit trop tard. Loris va se coucher de lui même quand il est fatigué, ou s’endort la tête sur mes genoux si je suis à l’ordinateur.
Je ne m’occupe absolument pas des apprentissages de Loris (3 ans ½). Je veux dire que je n’y prête pas particulièrement attention. En revanche, j’observe plus attentivement les apprentissages de Lena, sachant qu’elle sera soumise dès le mois de septembre à l’obligation d’instruction, et que nous serons susceptibles d’être inspectés (nous retournons en France en juillet). Jusqu’à présent, je n’ai jamais ressenti le besoin de faire pression sur elle pour accélérer tel ou tel apprentissage, elle me semble en phase avec les enfants de son âge pour les apprentissages académiques, et bien plus éveillée sur certains points, peut être moins sur d’autres, ça ne me soucie pas.
Elle parle et comprend très bien l’anglais, et Loris se débrouille pas mal non plus. Ils ont aussi des notions de turc. Je leur lis souvent des livres en anglais, et jusqu’à présent Lena me demandait systématiquement de lire en français ensuite. Depuis quelques jours, elle ne me le demande plus. Je lui ai posé la question la première fois et j’ai vite vu qu’elle avait tout compris, apparemment elle ne ressent tout simplement plus le besoin de cette traduction. Quand je lis la version française, j’ai très souvent recours au dictionnaire, et ils se sont ainsi habitués à son usage. Leur père et moi utilisons aussi très souvent le dictionnaire français pour vérifier le sens d’un mot, et ils ont également intégré son usage. L’été dernier, nous faisions tous les soirs « l’heure du dico ». Après le dîner, on passait un moment où ils pouvaient demander la signification de tous les mots qu’ils voulaient, notamment ceux qu’ils m’avaient demandés dans la journée et auxquels je n’avais pas su répondre. C’était très agréable. Ce rituel a pris fin spontanément de lui même sans qu’on s’en rende compte, probablement parce que plus personne n’en a ressenti le besoin, et même si c’était de bons moments je n’ai pas envie de le ré-instaurer artificiellement.
Lena demande régulièrement à écrire à ses amis. Elle écrit en lettres capitales, soit en me demandant de lui dicter les lettres des mots qu’elle veut écrire, soit en réfléchissant par elle même, suivant son état de fatigue. Elle aime apprendre à écrire, mais ne veut le faire qu’en situation réelle, pas pour s’entraîner. Les cahiers d’écriture et autres coloriages avec des mots à recopier offerts par x ou y ne sont donc pas utilisés comme prévu, mais ça ne dérange personne. Elle a demandé l’été dernier à apprendre à écrire en cursive, puis a trouvé ça trop difficile et a laissé tomber pour le moment. Loris de son côté dessine des caractères qui ressemblent à des lettres en disant qu’il écrit.
Il y a quelques jours, Lena m’a demandé un soir de lui lire un magazine alors que j’était occupée. J’ai refusé, expliquant que je n’étais pas disponible. Elle a alors demandé si elle pouvait s’asseoir à côté de moi et apprendre à lire toute seule, et si je pourrais l’aider pour les lettres qu’elle ne reconnaissait pas. J’ai accepté bien sur, et c’est ce qu’on a fait. Elle a lu 6 mots, déchiffrant les lettres d’abord (minuscules script, qui lui sont moins familières que les capitales), puis devinant le mot. Je me suis rendue compte qu’elle connaissait certaines associations de lettres comme « en », « ai », « ou ». Ensuite elle est passée à autre chose. Elle a refait la même chose un autre soir, puis plus depuis.
L’été dernier, leur père et moi avons découvert le sudoku dans des magazines récupérés. A force de nous voir y jouer, Lena a demandé à y jouer aussi. Je lui ai dit qu’elle devait pour ça apprendre à écrire les chiffres, ce qu’elle n’avait jamais fait. Elle a appris immédiatement, ainsi que les règles du jeu, et a rempli la moitié d’une grille facile en un mois, petit à petit. Je lui donnais des indications (cherche le 2 de cette ligne, cherche ce qu’il peut y avoir là). Elle a adoré. Nous jouons de temps en temps au jeu de l’oie, et je me suis rendue compte à cette occasion qu’elle connaissait par cœur certaines additions. Pour d’autres, elle compte les points des 2 dés.
Si je n’ai / nous n’avons pas d’attentes concernant les apprentissages académiques des enfants, j’en ai / nous en avons concernant leurs apprentissages sociaux, dans la mesure où leur comportement social interagit directement avec nous et nos affaires. Pour donner un exemple, je dirais que ça m’est pour le moment égal que Lena apprenne à lire ou non, dans la mesure où ça ne change rien à ma relation avec elle. En revanche, ça ne m’est pas égal qu’elle me harcèle, ou que son frère me fasse mal, ou abîme nos affaires. En conséquence, nous passons plus de temps à les accompagner dans ces apprentissages que dans ceux étiquetés « scolaires ».
Comme nous vivons tous ensemble, dans un espace restreint, les enfants assistent à beaucoup de nos discussions, et demandent des explications sur tout. En fonction de notre disponibilité, nous leur répondons, ou leur demandons de garder leurs questions pour plus tard. Il arrive que nous allions chercher des informations complémentaires sur des livres, le dictionnaire, ou internet. Ou encore que nous leur suggérions de demander à telle ou telle personne mieux informée que nous, ou que nous demandions nous même si nous en avons envie. Mais ce n’est pas systématique.
Voilà comment se passent les apprentissages chez nous.
Yaël
C'est aussi le but de la FSE de découvrir d'autres blogs, je suis contente que cet objectif soit au moins en partie atteint cette fois.
merci pour ce nouvel épisode:)
Ouaaahhh! formidable la vie chez Yaël, merci j'adore ton témoignage. Bravo pour la confiance que tu as en ce qui concerne les apprentissages de tes enfants.
Il y a des connections internet dans les marinas ! Je découvre.
La procédure sera la même pour la FSE # 003 : renvoi des textes / liens etc. jusqu'au 10 mars et parution de la FSE le 15/03.
Pour la prochaine édition le thème suggéré (mais non imposé) est celui de la socialisation.
http://notre-vie-en-famille.over-blog.com/article-5658102.html
Chouette chouette, des blogs non-sco que je ne connaissais pas!
Merci encore pour cette farandole! Peut-être un jour j'écrirai un article moi aussi (mais avec une puce de 17 mois, ce n'est pas vraiment de la non-sco :-)
:)
Bonjour Phoebe,
Je suis une nouvelle " moikiteli" depuis peu et je viens de découvrir la FSE qui est une excellent idée.
J'espère participer à la prochaine édition avec mon blog tout neuf, que mes petits doigts faineant ont du mal à étoffer...Ce sera une motivation supplémentaire.
J'attends de te lire (aussi) pour la prochaine FSE alors :)
trop trop de chez trop coool. J'aaaadoooore cette farandole. Même que j'ai envie de venir danser avec vous tous. merci à vous d'être vous et de partager : c'est beaucoup de joie que vous venez de m'apporter
Tu viens danser avec nous quand tu veux, pas besoin de bloguer, tu l'as vu (au cas où ça t'arrêterait).....
Meci pour ce commentaire enthousiaste !
Merci Phoebe pour ce nouvel épisode de la FSE, 13 participants c'est super. Je bavais depuis longtemps sur les carnivals américains et voilà que nous avons le notre, et il fonctionne. Le bonheur dans celui-là c'est de découvrir au moins deux blogs (deux familles) de plus que je ne connaissais pas. Chouette ! La situation a bien changée depuis mes premiers pas dans l'IEF...