:: Avec Mes Zèbres (Blog de Phoebe) ::
Je m'interroge sur les raisons de cette procrastination, peut-être faut-il y voir comme une envie de ne pas donner du grain à moudre à ceux qui n'approuvent pas un tel choix, peut-être que j'aurais le sentiment de donner plus d'importance qu'ils n'en ont finalement à ces inconvénients... il me faut toutefois bien reconnaître que c'est probablement l'un d'eux qui me pousse à prendre le clavier aujourd'hui.
Celui qui m'est le plus difficile à "gérer", c'est le fait d'être 24/7 ou peu s'en faut avec mes enfants. C'est un "inconvénient" qui est aussi lié à leur âge, j'imagine que les parents d'adolescents non scolarisés ne sont plus dans le même cas de figure que moi, seule à la maison une grande partie de la journée avec les besoins de trois enfants de 7 ans à 17 mois à combler, besoins qui sont parfois en contradiction avec les miens. J'imagine que plus grands, non seulement leurs besoins seront différents et pourront être satisfaits sans mon aide mais qu'en plus ils ne seront pas forcément présents physiquement à la maison ou n'auront pas besoin de ma présence pour se rendre à tel ou tel endroit.
Notre mode de vie n'est pas adapté à un tel choix et quand je dis "notre", je parle bien de celui de notre famille en particulier, mais également de la société dans laquelle nous vivons :
- l'adulte en charge des enfants ne peut le plus souvent pas trouver de relai à l'intérieur de la famille élargie (grands-parents, oncles, tantes....) pour cause d'éloignement ou autre, ni même auprès d'amis qui pourraient contribuer à former la village dont un proverbe africain dit qu'il est nécessaire à l'éducation d'un enfant (alors trois, je vous dis pas :) !) parce qu'ils travaillent à l'extérieur, vivent trop loin pour qu'un tel arrangement puisse être praticable (sauf à envisager le covoisinage),
- ce relai ne peut pas non plus être trouvé à l'extérieur même de façon très ponctuelle puisque par exemple il est impossible d'envisager l'accueil d'un enfant de plus de trois ans (c'est à dire scolarisable) en halte-garderie (halte-garderies de toutes façons infréquentables si l'un des parents ne travaille pas (à l'extérieur)), impossible aussi de fréquenter "en famille" les lieux d'accueil parents-enfants qui constituent pourtant un bon moyen pour tous de "voir autre chose" si certains des enfants de la fratrie dépassent un certain âge. Et employer une jeune-fille au pair, ou avoir recours à une baby-sitter nécessite des moyens financiers, sauf à arriver à négocier un échange réciproque de services. Ce n'est peut-être pas le cas partout, mais à Grenoble, halte-garderies ou lieux de parentalité (à l'excusion de Parent'aise) ne constituent pas une option.
Cette situation me pose à l'occasion un problème, parce que vivre au quotidien avec mes enfants est certes une aventure enrichissante, passionnante mais c'est aussi quelque chose qui me renvoie parfois brutalement à mes souffrances d'enfant, qui me pousse à me remettre en question, à reculer pour mieux avancer et que pour ce cheminement que j'ai à faire, j'ai aussi besoin d'un espace, espace que je n'ai pas (assez) dans ce quotidien avec eux. J'ai aussi des centres d'intérêt divers que j'ai envie de continuer à explorer, des envies à assouvir, bref je ne suis pas *que* mère et j'ai besoin de temps pour cultiver cettte facette-là également.
Si nos interactions sont dans une très large majorité positives, il y a aussi des moments difficiles qui sont d'autant moins aisément surmontés que c'est un choix minoritaire et que parfois quand on expose certaines difficultés, on reçoit en retour un "t'as qu'à les mettre à l'école" peu constructif quand on aurait besoin d'empathie et de soutien, parce que oui, vraiment, le quotidien avec des enfants c'est quelque chose de très demandeur, d'usant et que ce n'est pas parce que c'est un choix que ça gomme toutes les difficultés. Sans compter que je ne crois vraiment pas que l'école résoudrait miraculeusement tous les problèmes : ça améliorerait peut-être certains points, mais ça serait aussi - au moins potentiellement, et c'est un risque que pour le moment je n'ai pas envie de courir - source d'autres problèmes de nature différente, si j'en juge par les motifs de déscolarisation qu'exposent bon nombre de parents (qui donc contrairement à nous ont fait l'expérience de l'école, ou plutôt dont les enfants, contrairement aux nôtres, ont fait l'expérience de l'école).
Je crois que cette proximité, quand elle me pèse, me pèse plus qu'à eux mais je reconnais qu'eux aussi semblent parfois manifester une certaine saturation : nous sommes trop habitués les uns aux autres, il y a une certaine usure de part et d'autre et les coupures, vacances nous permettent à tous de prendre l'air, de nous recentrer et aussi de réaliser quand vraiment le ras-le-bol semble trop présent que ce quotidien ne nous pèse finalement pas tant que ça :)
Un autre inconvénient est que pour le moment je n'ai pas trouvé de solution me permettant de travailler ET d'être (pleinement) disponible pour mes enfants.
Je ne travaille pas (= je n'ai pas d'activité rémunérée à l'extérieur ou à l'intérieur de la maison), et tant que je bénéficie de l'allocation de congé parental la situation est vivable financièrement. Quand ça ne sera plus le cas, il est clair que le fait de pouvoir vivre ou non avec un seul revenu sera un facteur déterminant dans la poursuite de ce choix.
Je le disais, c'est un choix minoritaire, même s'il semble en expansion en France. Si certains ont un regard positif ou au moins neutre, ce n'est pas le cas de tous et il n'est pas toujours facile de l'assumer face à des réactions hostiles. Je glisse rapidement sur le fait que les parents ont des comptes à rendre tant à la Mairie qu'à du personnel de l'EN que je trouve non compétent pour évaluer les situations d'apprentissage hors du cadre scolaire, ce qui constitue une source de stress non négligeable même quand "ça se passe bien".
Il y a également des contraintes horaires : les différentes activités qui pourraient intéresser les zèbres sont proposées à des horaires "extra-scolaires" (forcément) ce qui fait que s'ils sont intéressés par plusieurs d'entre elles, ils vont se retrouver à devoir tout cumuler le mercredi par exemple, ou alors l'un ne pourra pas aller à l'activité de son choix parce qu'il y a conflit d'emploi du temps avec celle de son frère.
Mis dans la balance, ces "inconvénients" ne pèsent pas bien lourd face à tout ce que je vois de positif à la situation, bien évidemment, même si parfois les plateaux semblent aller jusqu'à s'équilibrer...
Rhaa, je viens de te faire une longue reponse mais elle s'est effacee. Je reviendrais une autre fois.
Merci pour ta franchise et gros bisous
Je trouve ce billet plein de franchise , très intéressant , et drôlement "sain" ! ;-)
Si des détracteurs" de l'IEF avaient quelque chose à y prendre , ils le trouverait aussi ailleurs , je pense , et seraient sûrement de mauvaise foi !
Ben oui , tu as des besoins aussi , et ça c'est rassurant et même chouette pour un môme de constater que sa maman a aussi des désirs , des projets !
Ce qui coince surtout , je pense , c'est ce que tu évoques , qui pour moi s'appelle isolement , c'est à dire , pas d'entraide (co-voisinage, copinage, échanges de services) , et qui fait que le système "village" , ne fonctionne pas ! Ca me fait vraiment penser à ma lecture du livre "le concept du continuum" !
Moi , je n'en ai qu'une (de girafette !!!) , mais si je reste en tête à tête avec elle les 5 jours de la semaine , ça va pas le faire ! ;-)
Ni pour elle , ni pour moi ! Alors je tente des mises en place avec le voisinage , justement : 3 gamines viennent se faire aider pour l'école (!) et jouent avec elle , et elle se fait inviter du coup !
Et puis on a trouvé une famille désco pas loin , on entame les contacts , on va se rencontrer .Mais ce n'est pas si simple , c'est sûr !
Je débute , et je n'en ai qu'une , alors j'attends un peu pour en dire plus : N'empêche que ce billet est plein de franchise et qu'il fait réfléchir , et c'est bon ! ;-D
A + , Phoebe, et plein de bisous !
Les autres familles non sco, il y en a aussi pas trop loin, mais ça reste quand même toute une organisation pour se voir, surtout régulièrement. A ce propos si vous voulez de temps en temps vous joindre à nous lors des rencontres qu'on organisera probablement à la maison des jeux de Grenoble :)....
Si je n'avais qu'un seul enfant, ça me semblerait bien plus jouable, le tête à tête : PZ1 fait pas mal de choses tout seul, sans avoir besoin d'interaction avec moi et ce temps-là me laisserait de la disponibilité pour moi (reste aussi qu'avec un seul enfant, les challenges ne seraient pas les mêmes, et je n'aurais sans doute pas autant avancé dans ma réflexion sur la parentalité...)... mais là, avec trois enfants, il y en a toujours au moins un qui requiert ma présence, mon intervention ou je ne sais quoi : à la fin de la journée, je suis vidée, lessivée même quand on n'a rien fait de spécial. Ne serait-ce que le bruit généré par les activités normales de petits zèbres en pleine forme vivant leur vie, un bruit "normal" quoi, dans la mesure où il est continu, finit par me faire craquer : l'espace sonore est en permanence occupé, j'ai vraiment du mal avec ça...
Mais je veux bien que tu me transmettes ce passage en question, oui !
c'est marrant, j'allais parler de mes "limites" en tant qu'homeschooleuse avec deux choupinettes aux besoins trèèèès différents (mais j'aurais aussi pu écrire sur tous les problèmes que j'ai connu en mettant ma fille en crèche et à l'école!!!!)
tu me donnes le courage d'écrire un billet là-dessus (euh quand je trouverai le temps :-D )
merci, merci pour avoir écrit cela
ahhh, tu me redonnes la pêche là, je ne me sens pas toute seule!
Je trouve formidable de vivre à une époque où les moyens de communication permettent justement de rompre au moins en partie cet isolement et de faire circuler plus largement l'information... c'est vraiment important pour moi.
Et lire, des témoignages, encore et encore, pas forcément des "tout est rose à la maison, les petits oiseaux cui-cui" ou "tout va mal à l'école", juste partager des expériences, différentes, mais toujours enrichissantes. Ce type de partage m'a apporté beaucoup pendant mes grossesse pour tout ce qui touche à la naissance, je continue de m'en nourrir dans mon chemin au jour le jour, ça ouvre des perspectives, ça confirme des intuitions... c'est RICHE.
Alors, oui, j'attends de te lire....
Une possibilité que je regarderais avec attention serait, pour ma part, le regroupement avec des familles voisines ayant des visions proches de la nôtre. Ce qui reviendrait, de fait, à recréer une école.
Dans un contexte de déscolarisation, ayant goûté à l'école, je veux croire que le choix des parents et enfants concernés est vraiment un choix "pour" quelque chose de différent. Et parfois je me dis qu'il pourrait être intéressant que mes zèbres aient une réelle expérience de l'école, pour pouvoir faire un choix vraiment éclairé.
D'un autre côté dans beaucoup de cas de déscolarisation, celle-ci intervient en raison d'un mal-être, de difficultés, de troubles, bref dans un contexte où il y a eu souffrance, dommage et où c'est peut-être plus finalement un choix "contre l'école" que "pour la maison".... pas sûre d'être prête à ce que mes enfants risquent ça, ou plus exactement, tant qu'ils ne le demandent pas, je n'ai guère envie de les pousser à essayer absolument (mais je sens aussi que cette demande viendra à un moment où un autre et j'ai confiance qu'ils seront prêts à ce moment-là à vivre ce qui viendra, en bien comme en moins bien si ça devait être le cas).
Un regroupement avec des familles voisines ? A quel point de vue ? Pour faire la classe ? Si c'est le cas, il faut être très prudent puisque ce type de regroupement est assimilé ou pourrait l'être selon le fonctionnement à la création d'une école, ce qui est réglementé. En tout état de cause, mon problème ne se situe pas tellement au niveau de l'accompagnement dans les apprentissages, des rencontres régulières avec des familles non-sco auraient plus pour but de passer des moments agréables avec d'autres personnes.
Le plus souvent, juste savoir que quelqu'un d'autre est disponible si j'ai besoin de calme, de silence 5 minutes ou de pouvoir finir quelque chose sans être interrompue toutes les cinq secodnes suffit à ce que je sois plus détendue. Savoir qu'il n'y a pas de backup, de relai possible là dans la minute, que je suis la seule sur le front en quelque sorte est un gros stress certains jours.
Comme à mon habitude, je n' ai pas d avis bien défini sur ce sujet de la déscolarisation.( je suis de caractère "compréhensif" ce qui n\\\' aide pas toujours dans les prises de positions et décisions !!!) ...tu m\\\' as juste appris que cela existait bel et bien ......pour des raisons de choix plus que d' obligations ........
Bon retour !
Et peut être à bientôt à la biblio, la maison des jeux , ....ou autre !
Raquel !
Bon je vois ça avec mon bout de la lorgnette hein, et je ne suis pas en train de me plaindre, juste de constater que du temps seule sans *aucun* zèbre dans les parages, je n'en ai vraiment pas des masses. Et que forcément à puiser dans le réservoir jour après jour après jour en étant là avec eux, si je ne trouve pas un moyen de le remplir, ça risque de clasher.
C'est aussi une question de regard, de point de vue sur les choses, il se trouve qu'en ce moment j'ai du mal à voir l'abondance et je focalise sur ce qui manque... dans quelques temps, à choses égales dans la journée avec les enfants je pourrais ne pas être aussi vidée juste parce que mon regard sur la journée sera différent.
Tout à fait d'accord pour le "à bientôt", autrement que par hasard au parc :)
oh non!
J'avais ecrit un long post et au moment d'envoyer: "impossible d'afficher la page", arrgh je suis fachée.
Je recommence demain, il est tard à présent.
J'attends quand même de te lire :)
Bon, je suppose que ça sera clair quand je lirai le passage :)
Bravo! Vous faites preuve d'une grande lucidité et d'esprit critique. Franchement, je connais peu de gens "scolarisants" capables d'une telle analyse, ou ne serait-ce que conscients de leur choix (car scolariser est aussi un choix). Je vois là un plaidoyer supplémentaire en faveur de l'école à la maison.