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J. Korczak, Le droit de l'enfant au respect, 1929.





   




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Samedi 11 juin 2005 6 11 /06 /Juin /2005 00:00

Mes Zhommes viennent de sortir, ma princesse dort (du sommeil du juste et des bébés) et j'ai donc pour une fois un peu de temps au calme pour écrire ce premier article dont je repousse la rédaction depuis un petit moment.

Je l'ai déjà écrit, PZ1 ne va pas à l'école et n'ira pas au Cours Préparatoire; PZ2 qui serait supposé faire son entrée en petite section de maternelle en septembre 2005 n'ira pas non plus (nous ferons en quelque sorte, l' "école à la maison"1).


Pourquoi n'avons-nous pas inscrit PZ1 en petite section à la rentrée 2002 ?


Nos raisons sont à la fois simples et complexes.

La version officielle, à l'époque, était que nous pensions important de ne pas ajouter à la venue de son petit frère ou de sa petite soeur la nouveauté de l'école, surtout dans un contexte où je restais à la maison et m'occupais des enfants des autres (je suis assistante maternelle).
Nous avons vite opté pour cette version-là, plus courte et qui avait le mérite de "parler" à tout le monde et de ne pas susciter plus de questions de la part de nos interlocuteurs.

Nous ne mentions là que par omission.

Pour être honnête, la décision bien que prise à deux a été impulsée par moi.
Il est indéniable que mon propre vécu scolaire (et dans une moindre mesure celui de Papa zèbre) a pesé lourd dans cette décision. Sur le plan purement intellectuel, me faire bénéficier de deux ans d'avance (non, je n'ai pas sauté de classe : j'ai fait ma première rentrée à l'âge de deux ans et suivi ensuite le cursus de mes camarades nés deux ans avant moi) était sans doute le moins mauvais choix à faire et je pense sincèrement que s'il en avait été autrement je n'aurais même pas été jusqu'au bac. Bien évidemment je ne peux pas en être sûre, et même si je n'avais pas eu mon bac, ça ne signifie pas pour autant que mon autre vie aurait été moins bien... ni mieux.
Là où ces deux ans d'avance ont par contre joué contre moi c'est que je cumulais les étiquettes : seule blanche dans une école aux Antilles, tête de classe sans aucune difficulté et sans aucun travail de ma part jusqu'en classe de troisième, fille du principal et de la prof. d'anglais au collège... tout ceci ajouté à ma propre personnalité ont fait que les relations avec mes pairs n'ont jamais été autre chose que conflictuelles et source de grandes souffrances pour moi. Ce n'est qu'au lycée, par le biais de ce que plusieurs années plus tard j'apprendrais être de l'auto-mutilation intellectuelle, que j'ai pu enfin nouer des liens durables avec certains de mes camarades. Tellement durables qu'ils font encore partie de ma vie aujourd'hui.

On peut aussi ajouter l'incroyable stupidité de certains enseignants, leurs maladresses intentionnelles ou non, parfois un sentiment que je qualifierais de jalousie faute de meilleur mot quand leurs propres enfants du même âge que moi étaient deux classes en-dessous, une gêne face à une élève qu'ils ne comprenaient pas, fille de leur chef hiérarchique de sucroît ce qui fait que certains s'imaginaient observés, jaugés à travers moi... bref un grand nombre de choses en provenance du corps enseignant (oui, oui, eux là, les supposés adultes, "grandes personnes" dans la relation...) qui, au mieux contribuaient seulement à alourdir l'atmosphère au sein de la classe, au pire créaient des situations invivables pour moi et s'en réjouissaient plus ou moins publiquement.

PZ1, en dehors de toute projection maternelle étouffante, présentait quand même un profil pour ce qui concerne les apprentissages dits scolaires assez proche du mien (et vraisemblablement se son père aussi...), il aurait fallu être aveugle pour ne pas le voir. Comment pourrait se passer sa scolarité ? Satisfaire sa soif et privilégier l'intellectuel en envisageant de sauter des classes ? Et comment gérer le relationnel, tant avec ses pairs qu'avec les enseignants ?

En ayant parfaitement conscience que mon fils était différent de moi, que sa situation était elle aussi sans commune mesure avec celle que j'avais connue et que son vécu scolaire le serait probablement aussi, je n'ai pas pu me résoudre à prendre le risque de l'exposer à toutes les souffrances que j'ai pu connaître à l'école.

Certains diront sans doute que je le surprotège, qu'il faut madame savoir couper le cordon. Ce n'est pas une question de cordon, du surprotection, c'est simplement pour moi le fait de ne pas lui faire subir des violences qu'il n'est pas (encore) de taille à affronter. C'est une simple question de protection, de vie. Je ne lancerais pas mon enfant au milieu d'un lac, sans bouée ou sans qu'il ne sache nager. La situation est pour moi du même ordre.

J'en ai bavé à l'école, trop différente de mes pairs, trop incompréhensible pour les profs, à ma place nulle part.
Seule, d'autant plus désespérement seule que c'était au milieu des autres.
A cinq ans, en CE1 je voulais mourir. A vingt ans aussi.

Je veux pour mes enfants une enfance remplie d'innocence, autant que possible. Qu'ils fassent le plein de sécurité affective *avant* d'être lâchés dans le monde, qu'ils sachent qu'ils ont une place dans ce monde, la leur, et que rien ni personne ne peut la leur enlever... qu'ils le sachent avant, qu'ils ne soient pas obligés d'en presque crever pour s'en rendre compte.

J'entends déjà des "ouh laaaaaa, elle est grave celle-là, les pauvres mômes". J'assume. Et si dans vingt ans mes fils vont s'allonger sur des divans pour vider leur sac et leur coeur sur le thème de "c'est ma mère, qu'est ce que vous voulez", j'assume aussi.
S'il y a des comptes à rendre, ce n'est qu'à eux que j'en dois.
Et les choix que je fais pour eux, en attendant qu'ils puissent pleinement faire les leurs, je les fais avec ma tête, mais parfois aussi avec mes tripes. Et je revendique le droit de faire ces choix. Pas forcément ceux qui seront avec le recul les meilleurs, mais ceux dont je pense quand je les fais qu'ils sont les bons.

S'il n'y avait eu que mes tripes justement, j'aurais pu me faire violence.

Le problème c'est que mêmes des gens de l'intérieur (à commencer par mes parents, mais aussi les profs motivés, passionnants et passionnés, tous ceux à leur place dans leur métier que j'ai pu croiser, n'allez pas croire que je ne sais pas qu'il y en a) n'ont pas réussi à me vendre le "système" à me convaincre que ce serait mieux pour PZ1.
Apprendre tous la même chose au même âge, sans considération pour le rythme et les intérêts propres de chacun... pff, je ne voyais pas mon bonhomme en petite section, lui qui était capable d'identifier des dinosaures à des petits détails, qui s'intéressait aux origines du monde, de la vie, lui qui était porteur d'une telle angoisse par rapport à la mort de toute chose vivante... non, je ne voyais pas comment il allait pouvoir grandir et s'épanouir à l'école... pas telle qu'elle est en tous cas.

Et puis ces enfants que nous avons faits, pourquoi nous défaire de la responsabilité de les accompagner, pourquoi confier à d'autres, qui ont forcément moins que nous leur intérêt à coeur, ce soin ? Pourquoi avoir un compagnon, des enfants pour que chacun parte qui au travail, qui à la crèche ou chez la nounou, qui à l'école, qu'on ne se retrouve que le soir, épuisés par nos journées respectives et le week-end et les vacances ? A quoi bon ? Avoir une famille, n'est-ce pas apprendre à vivre ensemble pour vivre mieux avec les autres ?

Rien, décidément, sinon un "c'est comme ça que la majorité des autres fait" ne m'incitait à franchir le cap d'une inscription à l'école.

Alors on en a parlé, Papa Zèbre et moi et on est tombé d'accord : on ne scolariserait qu'au CP et encore si nous avions déménagé d'ici là. Parce que nous habitons près de l'école et qu'on voit comment se passent les récréations, enseignants dans un coin en train de parler entre eux... oui, les fameux clichés qui ont la vie dure. Un peu comme les clichés concernant les assistantes maternelles, ceux-là même qui m'ont fait demander l'agrément plutôt que de confier mon enfant à l'une d'elles. N'empêche que cliché ou pas, certains collent au profil.

Et ce CP arrive. Nous n'avons pas déménagé et ça se passe tellement bien à la maison.

Tout n'est pas tout rose tous les jours, mais nous sommes tous d'accord pour continuer ainsi.

C'est un choix qui pour le moment nous convient à tous; s'il devait demain peser à l'un ou l'autre il serait évidemment remis en question.


1 Edit du 15/07/05 : Je rajoute cette expression d'école à la maison parce qu'elle semble plus parlante pour beaucoup. Et j'y mets des guillemets car justement, ne pas aller à l'école pour nous c'est l'occasion de faire autre chose et autrement.

Par Phoebe @ 14h40 - Publié dans : Sans Zécole
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Commentaires

Je te comprends... Nous avons fait le même choix...
Commentaire n°1 posté par flanelle le 13/06/2005 à 08h05
Oh, Flanelle, je n'avais pas vu d'allusion sur ton blog au fait que tes enfants ne sont pas scolarisés... j'ai pas lu toutes les archives ceci dit :)
Commentaire n°2 posté par Phoebe le 14/06/2005 à 18h57
Bon, chez nous, ils vont à l'école... Et jusque là, cela se passe "plutôt" bien... En fait, je vous admire beaucoup d'avoir le "cran" de passer tout ce temps avec tous les enfants... Et, en même temps, je vois aussi qu'une partie de la tension qui existe quand nous sommes ensemble née assez largement à l'extérieur... à l'école...

Dis-donc, Flanelle : on se retrouve partout ;-) !!!?!

Commentaire n°3 posté par Laurence* et ses 3 p'tits mecs le 15/06/2005 à 13h40
Laurence* (et je n'oublie pas l' *) : Ben c'est chouette aussi l'école quand ça se passe bien :)
En ce qui me concerne, rester à la maison n'est pas une question de "cran": pas besoin de m'accrocher pour ça, c'est tellement passionnant et enrichissant !

Je peux te demander comment tu es venue ici (je dis "tu" car on se connait par LPC) : un lien dans un mail à moi, sur un site ?
Commentaire n°4 posté par Phoebe le 15/06/2005 à 13h48
Dans un mail à toi sur LPC et aussi chez Tippie ;-)...

Bon, j'ai 10 loustics chez moi : je ne m'attarde pas !
Commentaire n°5 posté par Laurence* le 15/06/2005 à 15h01
Bon, ils sont partis ! (A cette heure-là, heureusement ;-)...).

Je voulais juste ajouter que la vie avec les enfants c'est effectivement passionnant et enrichissant, mais c'est aussi terriblement fatigant... et je dois être une petite nature :-(...
Commentaire n°6 posté par Laurence* le 16/06/2005 à 06h17
Oh oui, c'est épuisant même.
Mais, *pour moi*, en mettant dans la balance les "pour" et "contre" de chaque option, c'est celle où je suis le plus fatiguée qui l'emporte :)...
Commentaire n°7 posté par Phoebe le 16/06/2005 à 09h21
;-)... Bon, ce que tu dis me rassure......... sur ma petite nature !

En fait, pour l'instant, je n'imagine même pas d'en parler avec le papa, c'est te dire ;-)... Mais par contre, de savoir que c'est tout à fait "faisable" me donne plus de sérénité pour le cas, qui me stresse, où nous tomberions un jour sur des enseignants moins "compréhensifs" que ceux que nous avons rencontrés jusqu'à présent...

Commentaire n°8 posté par Laurence* le 16/06/2005 à 12h39
Aaah, en parler avec le papa... ça sera l'objet d'un autre post. Ca n'a pas été simple ici non plus.. Zhomàmoi aime pas trop s'éloigner de la norme (pas envie de "se faire remarquer") à la base, mais s'il n'impulse pas les choix "différents", quand il voit que c'est bon pour nous il prend ou au moins en discute :).
Par exemple, c'était hors de question au départ de continuer sans école à partir du CP; et puis on en est arrivés au compromis "si on déménage pas" (sachant que de mon côté si on déménageait et que l'école/instit nous faisait bonne impression, j'étais prête à tenter le coup).
Et là, on verra année par année ce qu'on fait... Zhomàmoi me permet de prendre de la distance et d'être plus objective (ou moins subjective, c'est selon :p)) sur le sujet.
Commentaire n°9 posté par Phoebe le 16/06/2005 à 13h10
Faut dire, Laurence*, que vous avez une chance formidable en matière pédagogique pour l'instant !

Il n'y a qu'une minuscule allusion sur mon blog, il est encore tout jeune et je n'y ai pas encore inscrit grand chose... Mes enfants sont descolarisés depuis décembre pour le plus grand et janvier pour le deuxième et avant, ça a pris un an à mon mari pour accepter l'idée !
Commentaire n°10 posté par flanelle le 16/06/2005 à 20h27
Ca n'a pas du être facile à vivre la désco....
Commentaire n°11 posté par Phoebe le 16/06/2005 à 23h05
Oui, tu as raison, Phoebe : une chose à la fois... petit pas après petit pas ;-)...

Et oui, Flanelle, on a vraiment eu de la chance jusqu'à présent... C'est une des inquiétudes que provoquent notre futur déménagement :-(... J'espère que nous continuerons à avoir de la chance...
Commentaire n°12 posté par Laurence* le 17/06/2005 à 11h27
J'espère pour vous aussi, Laurence*... sinon, il vous reste toujours l'option désco ;p) !
Commentaire n°13 posté par Phoebe le 17/06/2005 à 11h41
Quel magnifique texte !! Je me prépare à être enseignante mais je ne me permettrais pas la moindre critique. Je ne comprends d'ailleurs pas que des gens puisse te les faire... C'est un choix très personnel que vous avez du faire et je ne peux que l'admirer !!
Mes parents avaient aussi décidé quand j'était en age de rentrer à l'école en maternelle de ne pas m'y mettre , car également naissance de ma petite soeur et il ne voulaient pas me perturber avec les bouleversements liés à l'entrée à l'école. Je ne suis allée à l'école qu'en grande section car j'avais "besoin" de voir des gamins de mon âge parait-il, que j'était demandeuse. Je garde des formidables souvenirs ( et oui parce que ce que l'on fait a 3-4 ans peut tres bien etre gardé en mémoire) de ces deux années où, c'est ma maman qui me faisait "classe". c'était génial !! Ma première année de maternelle ( GS donc) a en revanche été tres dure pour moi du point de vue de la relation a l'enseignant...mais pas avec les copains ;-)

Mon parcours scolaire a ensuite été tout ce qu'il y a de plus classique...

Chaque enfant est différent, chaque famille aussi... ton choix est admirable et tu n'as pas a la justifier !!! Je ne suis pas encore maman, mais je ne sais pas si j'aurais le courage et la force de faire le même choix que toi !! Bravo !!
Commentaire n°14 posté par amandine le 06/01/2006 à 21h26
Je ne sais pas si c'est un choix admirable... ou alors tous les choix le sont du simple fait d'être de vrais choix :) (et encore, je suis en plein questionnement : ce choix de non-scolarisation est-il un *vrai* choix de ma part ? Pouvais-je réellement faire autre chose ? Je ne suis pas sûre d'être capable de choisir l'école pour mes enfants... enfin bon, c'est un autre débat !).
Je repousse aussi depuis l'ouverture de ce blog le post sur les aspects moins joyeux de ce choix justement... j'ai peut-être peur de donner des armes pour me faire battre.

Pour les souvenirs d'enfants, moi j'ai un premeir souvenir, un vrai pas un reconstruit de ce qu'on m'a raconté qui date de mes 2 ans et demi. Je n'ai réalisé que tardivement ce que c'était : notre première nuit en Martinique... j'avais deux ans et demi.  Donc oui, je crois tout à fait qu'on peut avoir des souvenirs aussi "petit".
C'est chouette que ça se soit bien passé avec les copains... moins chouette avec l'enseignant :(
Réponse de Phoebe le 06/01/2006 à 22h46

Finalement il n'est pas allé au CP PZ1 !

Vous n'avez pas déménagé ou bien Papa Zèbre a été convaincu ?

Je n'ai pas lu d'article (pourtant je crois avoir tout lu depuis le début (fin chronologique) à cet article) sur la discussion avec Papa Zèbre, ça m'aurait interessé... Mais peut-être n'as-tu plus eu l'envie/le besoin d'écrire à ce sujet !

Quand je lis l'article sur la piscine, je me dis "ouf"...

Commentaire n°15 posté par Lodie le 19/09/2007 à 00h16
Nous n'avons pas déménagé, non et je crois aussi que Papa Zèbre a vu combien ce projet me tenait à coeur... sans compter que PZ1 ne semblait pas du tout tenté par une expérience scolaire. Bref, tout un faisceau de "raisons" qui ont fait que.. :)
Réponse de Phoebe le 20/09/2007 à 10h36
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