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L'enfant est comme un étranger dans une ville inconnue dont il ne connaît ni la langue, ni les coutumes, ni la direction des rues. Souvent, il préfère se débrouiller seul, mais si c'est trop compliqué, il demande conseil. Il a alors besoin d'un informateur poli.

J. Korczak, Le droit de l'enfant au respect, 1929.





   




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Vendredi 1 septembre 2006 5 01 /09 /Sep /2006 14:11
Si à l'ouverture de ce blog j'ai rapidement rédigé les articles dans lesquel j'exposais nos (mes ?) raisons (ou au moins quelques unes) ainsi que les avantages que je trouvais et trouve toujours au choix de non scolarisation des zèbres, je repousse depuis plus d'un an le moment de rédiger son pendant consacré, lui, aux inconvénients que je trouve au fait de ne pas scolariser les zèbres.
Je m'interroge sur les raisons de cette procrastination, peut-être faut-il y voir comme une envie de ne pas donner du grain à moudre à ceux qui n'approuvent pas un tel choix, peut-être que j'aurais le sentiment de donner plus d'importance qu'ils n'en ont finalement à ces inconvénients... il me faut toutefois bien reconnaître que c'est probablement l'un d'eux qui me pousse à prendre le clavier aujourd'hui.

Celui qui m'est le plus difficile à "gérer", c'est le fait d'être 24/7 ou peu s'en faut avec mes enfants. C'est un "inconvénient" qui est aussi lié à leur âge, j'imagine que les parents d'adolescents non scolarisés ne sont plus dans le même cas de figure que moi, seule à la maison une grande partie de la journée avec les besoins de trois enfants de 7 ans à 17 mois à combler, besoins qui sont parfois en contradiction avec les miens. J'imagine que plus grands, non seulement leurs besoins seront différents et pourront être satisfaits sans mon aide mais qu'en plus ils ne seront pas forcément présents physiquement à la maison ou n'auront pas besoin de ma présence pour se rendre à tel ou tel endroit.
Notre mode de vie n'est pas adapté à un tel choix et quand je dis "notre", je parle bien de celui de notre famille en particulier, mais également de la société dans laquelle nous vivons :
- l'adulte en charge des enfants ne peut le plus souvent pas trouver de relai à l'intérieur de la famille élargie (grands-parents, oncles, tantes....) pour cause d'éloignement ou autre, ni même auprès d'amis qui pourraient contribuer à former la village dont un proverbe africain dit qu'il est nécessaire à l'éducation d'un enfant (alors trois, je vous dis pas :) !) parce qu'ils travaillent à l'extérieur, vivent trop loin pour qu'un tel arrangement puisse être praticable (sauf à envisager le covoisinage),
- ce relai ne peut pas non plus être trouvé à l'extérieur même de façon très ponctuelle puisque par exemple il est impossible d'envisager l'accueil d'un enfant de plus de trois ans (c'est à dire scolarisable) en halte-garderie (halte-garderies de toutes façons infréquentables si l'un des parents ne travaille pas (à l'extérieur)), impossible aussi de fréquenter "en famille" les lieux d'accueil parents-enfants qui constituent pourtant un bon moyen pour tous de "voir autre chose" si certains des enfants de la fratrie dépassent un certain âge. Et employer une jeune-fille au pair, ou avoir recours à une baby-sitter nécessite des moyens financiers, sauf à arriver à négocier un échange réciproque de services. Ce n'est peut-être pas le cas partout, mais à Grenoble, halte-garderies ou lieux de parentalité (à l'excusion de Parent'aise) ne constituent pas une option.
Cette situation me pose à l'occasion un problème, parce que vivre au quotidien avec mes enfants est certes une aventure enrichissante, passionnante mais c'est aussi quelque chose qui me renvoie parfois brutalement à mes souffrances d'enfant, qui me pousse à me remettre en question, à reculer pour mieux avancer et que pour ce cheminement que j'ai à faire, j'ai aussi besoin d'un espace, espace que je n'ai pas (assez) dans ce quotidien avec eux. J'ai aussi des centres d'intérêt divers que j'ai envie de continuer à explorer, des envies à assouvir, bref je ne suis pas *que* mère et j'ai besoin de temps pour cultiver cettte facette-là également.
Si nos interactions sont dans une très large majorité positives, il y a aussi des moments difficiles qui sont d'autant moins aisément surmontés que c'est un choix minoritaire et que parfois quand on expose certaines difficultés, on reçoit en retour un "t'as qu'à les mettre à l'école" peu constructif quand on aurait besoin d'empathie et de soutien, parce que oui, vraiment, le quotidien avec des enfants c'est quelque chose de très demandeur, d'usant et que ce n'est pas parce que c'est un choix que ça gomme toutes les difficultés. Sans compter que je ne crois vraiment pas que l'école résoudrait miraculeusement tous les problèmes : ça améliorerait peut-être certains points, mais ça serait aussi - au moins potentiellement, et c'est un risque que pour le moment je n'ai pas envie de courir - source d'autres problèmes de nature différente, si j'en juge par les motifs de déscolarisation qu'exposent bon nombre de parents (qui donc contrairement à nous ont fait l'expérience de l'école, ou plutôt dont les enfants, contrairement aux nôtres, ont fait l'expérience de l'école).
Je crois que cette proximité, quand elle me pèse, me pèse plus qu'à eux mais je reconnais qu'eux aussi semblent parfois manifester une certaine saturation : nous sommes trop habitués les uns aux autres, il y a une certaine usure de part et d'autre et les coupures, vacances nous permettent à tous de prendre l'air, de nous recentrer et aussi de réaliser quand vraiment le ras-le-bol semble trop présent que ce quotidien ne nous pèse finalement pas tant que ça :)

Un autre inconvénient est que pour le moment je n'ai pas trouvé de solution me permettant de travailler ET d'être (pleinement) disponible pour mes enfants.
Je ne travaille pas (= je n'ai pas d'activité rémunérée à l'extérieur ou à l'intérieur de la maison), et tant que je bénéficie de l'allocation de congé parental la situation est vivable financièrement. Quand ça ne sera plus le cas, il est clair que le fait de pouvoir vivre ou non avec un seul revenu sera un facteur déterminant dans la poursuite de ce choix.

Je le disais, c'est un choix minoritaire, même s'il semble en expansion en France. Si certains ont un regard positif ou au moins neutre, ce n'est pas le cas de tous et il n'est pas toujours facile de l'assumer face à des réactions hostiles. Je glisse rapidement sur le fait que les parents ont des comptes à rendre tant à la Mairie qu'à du personnel de l'EN que je trouve non compétent pour évaluer les situations d'apprentissage hors du cadre scolaire, ce qui constitue une source de stress non négligeable même quand "ça se passe bien".

Il y a également des contraintes horaires : les différentes activités qui pourraient intéresser les zèbres sont proposées à des horaires "extra-scolaires" (forcément) ce qui fait que s'ils sont intéressés par plusieurs d'entre elles, ils vont se retrouver à devoir tout cumuler le mercredi par exemple, ou alors l'un ne pourra pas aller à l'activité de son choix parce qu'il y a conflit d'emploi du temps avec celle de son frère.

Mis dans la balance, ces "inconvénients" ne pèsent pas bien lourd face à tout ce que je vois de positif à la situation, bien évidemment, même si parfois les plateaux semblent aller jusqu'à s'équilibrer...
Par Phoebe @ 14h11 - Publié dans : Sans Zécole
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