Mes Zhommes viennent de sortir, ma princesse dort (du sommeil du juste et des bébés) et j'ai donc pour une fois un peu de temps au calme pour écrire ce premier article dont je repousse la rédaction depuis un petit moment.
Je l'ai déjà écrit, PZ1 ne va pas à l'école et n'ira pas au Cours Préparatoire; PZ2 qui serait supposé faire son entrée en petite section de maternelle en septembre 2005 n'ira pas non plus (nous ferons en quelque sorte, l' "école à la maison"1).
Pourquoi n'avons-nous pas inscrit PZ1 en petite section à la rentrée 2002 ?
Nos raisons sont à la fois simples et complexes.
La version officielle, à l'époque, était que nous pensions important de ne pas ajouter à la venue de son petit frère ou de sa petite soeur la nouveauté de l'école, surtout dans un contexte où je restais à la maison et m'occupais des enfants des autres (je suis assistante maternelle).
Nous avons vite opté pour cette version-là, plus courte et qui avait le mérite de "parler" à tout le monde et de ne pas susciter plus de questions de la part de nos interlocuteurs.
Nous ne mentions là que par omission.
Pour être honnête, la décision bien que prise à deux a été impulsée par moi.
Il est indéniable que mon propre vécu scolaire (et dans une moindre mesure celui de Papa zèbre) a pesé lourd dans cette décision. Sur le plan purement intellectuel, me faire bénéficier de deux ans d'avance (non, je n'ai pas sauté de classe : j'ai fait ma première rentrée à l'âge de deux ans et suivi ensuite le cursus de mes camarades nés deux ans avant moi) était sans doute le moins mauvais choix à faire et je pense sincèrement que s'il en avait été autrement je n'aurais même pas été jusqu'au bac. Bien évidemment je ne peux pas en être sûre, et même si je n'avais pas eu mon bac, ça ne signifie pas pour autant que mon autre vie aurait été moins bien... ni mieux.
Là où ces deux ans d'avance ont par contre joué contre moi c'est que je cumulais les étiquettes : seule blanche dans une école aux Antilles, tête de classe sans aucune difficulté et sans aucun travail de ma part jusqu'en classe de troisième, fille du principal et de la prof. d'anglais au collège... tout ceci ajouté à ma propre personnalité ont fait que les relations avec mes pairs n'ont jamais été autre chose que conflictuelles et source de grandes souffrances pour moi. Ce n'est qu'au lycée, par le biais de ce que plusieurs années plus tard j'apprendrais être de l'auto-mutilation intellectuelle, que j'ai pu enfin nouer des liens durables avec certains de mes camarades. Tellement durables qu'ils font encore partie de ma vie aujourd'hui.
On peut aussi ajouter l'incroyable stupidité de certains enseignants, leurs maladresses intentionnelles ou non, parfois un sentiment que je qualifierais de jalousie faute de meilleur mot quand leurs propres enfants du même âge que moi étaient deux classes en-dessous, une gêne face à une élève qu'ils ne comprenaient pas, fille de leur chef hiérarchique de sucroît ce qui fait que certains s'imaginaient observés, jaugés à travers moi... bref un grand nombre de choses en provenance du corps enseignant (oui, oui, eux là, les supposés adultes, "grandes personnes" dans la relation...) qui, au mieux contribuaient seulement à alourdir l'atmosphère au sein de la classe, au pire créaient des situations invivables pour moi et s'en réjouissaient plus ou moins publiquement.
PZ1, en dehors de toute projection maternelle étouffante, présentait quand même un profil pour ce qui concerne les apprentissages dits scolaires assez proche du mien (et vraisemblablement se son père aussi...), il aurait fallu être aveugle pour ne pas le voir. Comment pourrait se passer sa scolarité ? Satisfaire sa soif et privilégier l'intellectuel en envisageant de sauter des classes ? Et comment gérer le relationnel, tant avec ses pairs qu'avec les enseignants ?
En ayant parfaitement conscience que mon fils était différent de moi, que sa situation était elle aussi sans commune mesure avec celle que j'avais connue et que son vécu scolaire le serait probablement aussi, je n'ai pas pu me résoudre à prendre le risque de l'exposer à toutes les souffrances que j'ai pu connaître à l'école.
Certains diront sans doute que je le surprotège, qu'il faut madame savoir couper le cordon. Ce n'est pas une question de cordon, du surprotection, c'est simplement pour moi le fait de ne pas lui faire subir des violences qu'il n'est pas (encore) de taille à affronter. C'est une simple question de protection, de vie. Je ne lancerais pas mon enfant au milieu d'un lac, sans bouée ou sans qu'il ne sache nager. La situation est pour moi du même ordre.
J'en ai bavé à l'école, trop différente de mes pairs, trop incompréhensible pour les profs, à ma place nulle part.
Seule, d'autant plus désespérement seule que c'était au milieu des autres.
A cinq ans, en CE1 je voulais mourir. A vingt ans aussi.
Je veux pour mes enfants une enfance remplie d'innocence, autant que possible. Qu'ils fassent le plein de sécurité affective *avant* d'être lâchés dans le monde, qu'ils sachent qu'ils ont une place dans ce monde, la leur, et que rien ni personne ne peut la leur enlever... qu'ils le sachent avant, qu'ils ne soient pas obligés d'en presque crever pour s'en rendre compte.
J'entends déjà des "ouh laaaaaa, elle est grave celle-là, les pauvres mômes". J'assume. Et si dans vingt ans mes fils vont s'allonger sur des divans pour vider leur sac et leur coeur sur le thème de "c'est ma mère, qu'est ce que vous voulez", j'assume aussi.
S'il y a des comptes à rendre, ce n'est qu'à eux que j'en dois.
Et les choix que je fais pour eux, en attendant qu'ils puissent pleinement faire les leurs, je les fais avec ma tête, mais parfois aussi avec mes tripes. Et je revendique le droit de faire ces choix. Pas forcément ceux qui seront avec le recul les meilleurs, mais ceux dont je pense quand je les fais qu'ils sont les bons.
S'il n'y avait eu que mes tripes justement, j'aurais pu me faire violence.
Le problème c'est que mêmes des gens de l'intérieur (à commencer par mes parents, mais aussi les profs motivés, passionnants et passionnés, tous ceux à leur place dans leur métier que j'ai pu croiser, n'allez pas croire que je ne sais pas qu'il y en a) n'ont pas réussi à me vendre le "système" à me convaincre que ce serait mieux pour PZ1.
Apprendre tous la même chose au même âge, sans considération pour le rythme et les intérêts propres de chacun... pff, je ne voyais pas mon bonhomme en petite section, lui qui était capable d'identifier des dinosaures à des petits détails, qui s'intéressait aux origines du monde, de la vie, lui qui était porteur d'une telle angoisse par rapport à la mort de toute chose vivante... non, je ne voyais pas comment il allait pouvoir grandir et s'épanouir à l'école... pas telle qu'elle est en tous cas.
Et puis ces enfants que nous avons faits, pourquoi nous défaire de la responsabilité de les accompagner, pourquoi confier à d'autres, qui ont forcément moins que nous leur intérêt à coeur, ce soin ? Pourquoi avoir un compagnon, des enfants pour que chacun parte qui au travail, qui à la crèche ou chez la nounou, qui à l'école, qu'on ne se retrouve que le soir, épuisés par nos journées respectives et le week-end et les vacances ? A quoi bon ? Avoir une famille, n'est-ce pas apprendre à vivre ensemble pour vivre mieux avec les autres ?
Rien, décidément, sinon un "c'est comme ça que la majorité des autres fait" ne m'incitait à franchir le cap d'une inscription à l'école.
Alors on en a parlé, Papa Zèbre et moi et on est tombé d'accord : on ne scolariserait qu'au CP et encore si nous avions déménagé d'ici là. Parce que nous habitons près de l'école et qu'on voit comment se passent les récréations, enseignants dans un coin en train de parler entre eux... oui, les fameux clichés qui ont la vie dure. Un peu comme les clichés concernant les assistantes maternelles, ceux-là même qui m'ont fait demander l'agrément plutôt que de confier mon enfant à l'une d'elles. N'empêche que cliché ou pas, certains collent au profil.
Et ce CP arrive. Nous n'avons pas déménagé et ça se passe tellement bien à la maison.
Tout n'est pas tout rose tous les jours, mais nous sommes tous d'accord pour continuer ainsi.
C'est un choix qui pour le moment nous convient à tous; s'il devait demain peser à l'un ou l'autre il serait évidemment remis en question.
1 Edit du 15/07/05 : Je rajoute cette expression d'
école à la maison parce qu'elle semble plus parlante pour beaucoup. Et j'y mets des guillemets car justement, ne pas aller à l'école pour nous c'est l'occasion de faire autre chose et autrement.
Z'avez dit...